Bruno est de retour

Depuis trois mois, il avait disparu, se contentant de messages aussi brefs qu’énigmatiques sur les réseaux sociaux pour annoncer ses absences. De mauvaises langues le disaient casanier, et assuraient qu’il préférait passer l’hiver au chaud, assis dans son sofa à manger des cacahuètes devant des émissions de variété.

Finalement, Bruno est revenu. Souriant, efficace et motivé, le joueur a retrouvé ses coéquipiers hier après-midi lors d’une partie de football déjà printanière. Il en a profité pour revenir sur ce long retrait qui avait alerté ses partenaires.

L’élimination en coupe, le mauvais temps, la perspective de passer trois mois sans jouer : ce sont autant d’arguments qui poussent Bruno à faire ses valises à la fin du mois de novembre. Le défenseur décide de retourner sur son archipel natal de Pena do Santamaõ, au large du Portugal, pour y passer l’hiver.

Là-bas, dans l’actuelle terre sainte du football, Bruno sait que la trêve hivernale n’existe pas : on y taquine la balle chaque fin de journée sur la place du village central, sous le soleil comme sous la pluie, face au regard des mamas, des anciens et de Santa Pescara, la sainte-patronne de l’île.

Bruno retrouve l’océan abandonné des années plus tôt. Durant trois mois, il se lève tôt ; il faut lever l’ancre chaque matin avant cinq heures. Le bouquetin renoue avec le rythme des marées, des poissons et de ces filets qu’il faut ramener garnis de poissons à la mi-journée. Il profite surtout, une fois la pêche terminée, de ces parties endiablées qui réunissent jeunes et moins jeunes, des parties au cours desquelles il fait bon défendre en bloc pour user l’adversaire et finalement le contre-attaquer en fin de match pour l’emporter de justesse. Pendant les rencontres, il arrive au joueur de repenser à ses partenaires, qui s’enrhument sur leurs terrains boueux et impraticables à cause des gelées à répétition.

A la fin des matchs, on partage le poisson grillé et le vino do picolaõ, l’alcool local à base de gingembre, de cerise et de hareng. On effectue également la tournicotã, la danse traditionnelle au cours de laquelle les vainqueurs tournent autour de leurs adversaires défaits et agenouillés dont ils viennent fesser symboliquement le flanc d’une tape taquine. Puis on rentre dîner, car le lendemain les journées reprennent avant l’aube.

Aux enfants qui parfois participent aux rencontres, Bruno leur décrit la France. Il leur parle de Zidane, des bouquetins, de François Hollande. Il leur promet de les faire venir un jour, plus tard, quand ils seront grands, disputer un match amical contre l’ASLO.

Et puis il est rentré, sentant les beaux jours arriver. Il est revenu, en même temps que le soleil et les premières douceurs.

L’équipe reste en revanche sans la moindre nouvelle de Louis Gaboma. Des rumeurs prétendent que le défenseur aurait été aperçu à plusieurs reprises dans un village du Bénin, au cours de l’hiver. L’information n’a pas été confirmée par le club.