Pour Arnito, c’est déjà le printemps

Souffrant, remplaçant, critiqué pour son manque de condition physique, Arnito avait de quoi broyer du noir avant l’entame du match contre les Noës, ce dimanche. Pourtant, le joueur est sorti grandi et glorieux d’une rencontre certes à sens unique (8-0), mais qu’il a largement contribué à rendre facile. Bagat’ s’est offert le premier triplé de sa carrière.

Depuis des semaines pourtant, Arnito n’a cessé de devoir affronter ses détracteurs, toujours plus nombreux. Après la dernière pleine lune de novembre et les toutes premières gelées de décembre, le joueur disparaît des pelouses et des rues bouillerandes. On ne le voit plus trottiner, on ne le voit plus « faire son 5 », comme il en a pourtant l’habitude, on le croise plus dans « la montée du collège ». Les critiques pleuvent, on le dit absent, usé ou même malade. Sur Internet, de mauvaises langues prétendent que celui-ci « hiberne ».

Arnito a débuté la partie sur la touche, dans la crainte et l’hésitation. Il suffira pourtant d’un regard, un seul, celui de William, venu encourager son partenaire juste avant le coup d’envoi, pour remobiliser l’attaquant. Lorsque celui-ci entre en jeu à la 25′, Will’ vient prendre la peine de lui offrir une accolade sur l’épaule : Arnito avouera par la suite avoir été boosté par ce geste chaleureux.

Le joueur déroule alors. D’abord un but, en première période, à la suite d’une course espiègle au milieu des défenseurs adverses, conclue par une frappe malicieuse glissée sous le postérieur du portier des Noës. Puis deux autres, au cours d’une seconde mi-temps marquée par la nette supériorité des noir et or. Alors qu’il s’offre sa troisième réalisation, Arnito est même applaudi par certains spectateurs adverses.

Ce coup d’éclat le démontre : si Arnito a bel et bien hiberné, il n’est au fond qu’un mammifère comme les autres, à l’écoute de son propre corps et régénéré dès l’arrivée des beaux jours. Comme lui, de nombreux animaux s’effacent durant l’hiver pour ressurgir lorsque celui-ci s’achève. L’écureuil emmagasine des graines et des glands durant l’automne avant de s’offrir un repos long de plusieurs mois. Le castor, lui, se replie dans sa tanière dès la mi-novembre pour n’en sortir que début mars, période où il copule alors à tout-va. Toujours à l’écoute du temps et des saisons, Bagat’ est à leur image.

D’ailleurs, beaucoup d’habitants du village ne s’y sont pas trompés. « C’est chaque année la même chose, explique une résidente de la rue du Bois. Il y a d’abord, dans le ciel, le retour des grues, puis, dix ou quinze jours plus tard, celui d’Arnito, que l’on voit de nouveau trottiner, puis, deux semaines plus tard encore, celui des premières fleurs et des premiers bourgeons. »

Quoi de plus coquin?